Dimanche 20 février 2011 7 20 /02 /Fév /2011 15:32

 

Josephus-Laurentius-Dyckman


 
Soyeux courageux, je me lance dans un des articles fleuve dont j’ai le secret.
 
 

Toute dentellière qui commence le Flandre pleure toutes les larmes de son corps devant ses premiers mats :

 
Y a des troooooous 

    

  

Mat-Flandre-6r

 


 

C’est surtout vrai pour nous, les françaises, élevées au Cluny depuis notre plus tendre enfance dentellière.
Depuis nos tous premiers exercices, on nous a seriné :
Faut tirer ...  Faut serrer
Serre bien tes cordes   
serre ton mat , il faut qu’il soit dense
 

C’est le secret pour avoir un beau Cluny,

mais le Flandre n’aime pas, mais alors pas du tout la manière forte ,

il  demande une main légère qui effleure les fuseaux,

et ça, pour nous, c’est très dur.

 

 

Et oui, nous avons des trous dans nos mats, au niveau des entrées et des sorties de paires, uniquement parce qu’on tire trop.

 

Le diagnostic est très simple, mais il n'y a pas, hélas, de remède miracle.

 

 

Pourquoi tous ces trous au bord de nos mats de Flandre ?


A cause de la technique du changement de voyageurs aux entrées et aux sorties de paires.

 

 

Mat-Flandre-1r

 

Sur mon dessin, à droite du cordonnet en jaune, tout devrait être en violet puisqu’il s’agit d’un mat

  mais pour mieux me faire comprendre j’ai mis des couleurs fantaisistes.

Mes voyageurs sont en violet foncé, on voit qu’ils traversent toutes les paires pendantes + les deux paires qui viennent de faire leur entrée : la orangée et la bleue.

 


 

C’est la bleue qui devient les nouveaux voyageurs.
Mes anciens voyageurs en violet foncé deviennent paire pendante,

et pour l’instant ils forment un angle droit et sont bien collés au bord, près du cordonnet, ils remplissent bien l’espace … tout baigne.



Mat-Flandre-2r Mais que va-t-il se passer quand  par la suite, je vais tirer sur mes paires pendantes pour égaliser mon mat ?


Comme l’angle formé par mes anciens voyageurs n’est absolument pas soutenu, en tirant sur la paire violette,  je vais l’éloigner du bord, formant ainsi un énooooorme trou.


Mat-Flandre-5r

 

 

 

Même problème au niveau des sorties de paires, sauf que là, c’est le fait de tirer sur les nouveaux voyageurs qui provoque le trou.


 



 

 

 


Alors qu’est-ce qu’on peut faire, docteur ?
 

Et bien il y a plusieurs méthodes, les bonnes et les mauvaises !

 

Aujourd’hui, je vais vous parler …. des mauvaises !!!!!!!!

 


Et oui, bien que mauvaises, je vais quand même les évoquer ici, parce que ce sont les plus faciles à mettre en œuvre, et donc les plus souvent appliquées.
Alors je profite de cet article …  pour les dénoncer.


1ère mauvaise méthode : l’épingle de soutien

 

 

Mat-Flandre-3r Puisque le problème vient du fait que l’angle formé par mes anciens voyageurs n’est pas soutenu, et bien on va mettre une épingle de soutien provisoire (*).
 

Ca y est, maintenant je vais pouvoir tirer dessus tranquillement, elle ne pourra pas s’éloigner du cordonnet.

 


Sauf que …

si on enlève l'épingle trop tôt, on risque de tirer encore trop fort sur les anciens voyageurs, et de reformer ce satané trou.

 

Si on l'enlève trop tard, on aura inévitablement un tout petit trou à son emplacement, et la paire violette formera un angle trop accentué, une sorte de petite bouclette disgracieuse.

 

 


Mat-Flandre-4r 2ème mauvaise méthode : Faire une passée + une jetée (TC) quand on reprend sa rangée de mat.

 

Quand les nouveaux voyageurs (en bleu) croisent la première paire pendante (orange), faire :

 C T C  +  T C  (au lieu du traditionnel C T C du mat)

 

 Ainsi, les nouveaux voyageurs seront constitué d'un "fil bleu" et d'un "fil orange", ce qui a pour effet de diviser par deux le risque de trou .

 

Tirer sur la paire violette deformera toujours le mat, mais tirer sur la deuxième paire pendante (la orange et bleue) aura l'effet inverse, celui de rabattre la paire violette contre le cordonnet.

 

 Mais ce n’est pas parfait, cette jetée supplémentaire risque un peu de se voir, et puis encore une fois, si le risque est moindre, il existe quand même.

 

 


3ème mauvaise méthode : utiliser un fil plus gros

(ou diminuer le piquage)

 

Ainsi le mat sera très serré naturellement au point qu'il n'y aura plus de place pour les trous en quelque sorte.

Tout est tellement serré qu’on peut tirer …. plus rien ne bouge 

 

On a alors un mat très dense, mais aussi un réseau très dense, tout le contraire du Flandre qui doit être une dentelle fine, légère et transparent.

 

 

 

 


Vous me direz peut être que vous appliquez une de ces méthodes, et que vous la maîtrisez au point que le résultat est plus que convenable.
C’est tout a fait possible, je ne le nie pas.


Mais même si c’est le cas, je continue à trouver ces 3 méthodes peu satisfaisantes

car elles n’ont d’autre but que de continuer à vous permettre de tirer en toute tranquillité,

et ça, c’est contre nature pour le Flandre.



La prochaine fois, nous parlerons des autres méthodes,

plus longues,

plus ingrates,

celles qui demandent une rééducation de la main,

celles qui demandent à ce qu’on change nos habitudes, notre matériel, 

mais celles qui respectent la nature même du Flandre

et nous donnent  par la suite plus de liberté.

 

 

En attendant, regardez la dentellière de Josephus Laurentius Dyckmans  au début de cet article

elle vous livre son secret

 

 

 

 

 

(*) sur les dessins techniques, les épingles "ordinaires" sont représentées par un point noir, et les épingles provisoires par un petit cercle évidé

Par Meriem - Publié dans : Techniques - Communauté : la dentelle aux fuseaux
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Vendredi 11 février 2011 5 11 /02 /Fév /2011 17:30

 

Musee-guimet-1-r  

 

 

  Là, vous voyez le Musée Guimet à Paris

...  arrangé à ma façon

     

Mais en fait, je vais vous parler ... lessive

 

 

 

Que faisait-on au XIXème siècle  pour avoir du linge plus blanc que blanc ?

 

Et bien on le passait au bleu

on l'azurait.

 

 

C'est à dire qu'on le plongeait dans une eau dans laquelle on faisait dissoudre

au préalable un peu de pigment bleu .

 

 

Ce fut d'abord du pastel , très cher,

qui fut remplacé par l'indigo, moins onéreux car importé d'Amérique où il était cultivé par les esclaves.

 

 

Tout l'art était dans le dosage : il fallait bleuir légèrement le linge pour que, par effet d'optique, il paraisse plus blanc.

  Mais pas trop, car trop d'indigo dans cette eau pouvait au contraire le teindre en bleu

 

 

On achetait le bleu en poudre, en boules, en plaquettes, en pastilles, etc.

Dans tous les cas, il fallait le mettre dans un petit sac de mousseline que l'on agitait et pressait dans l'eau pour en extraire le colorant.

Le sac en mousseline était indispensable pour qu'aucun petit morceau ne puisse s'échapper, menaçant de tacher le linge.

 

Musee-guimet-4-r

 

 

Il fallait replonger de temps en temps le petit sachet dans l'eau pour rajouter du bleu au fur et à mesure que le linge qu'on y trempait absorbait la couleur.

 

D'autant que certains linges étaient plus gourmands que d'autres :

 "le linge neuf et celui de coton retiennent beaucoup plus de bleu

que le vieux linge et celui de fil"  (*)

 

Il fallait aussi veiller à bien essorer le linge et l'étendre aussitôt pour éviter une accumulation d'eau dans les plis qui pouvait laisser des traînées bleues en séchant.

 

 

 

 

 

 

 

C'est bien joli tout ça, mais quel rapport avec le musée Guimet ?

 

Et bien il y a un homme qui fit fortune avec ce bleu qu'on trempait dans l'eau de rinçage,

ce fût Jean-Baptiste Guimet

 

Il découvrit en 1826 l'outremer artificiel, et mit ainsi sur le marché un bleu beaucoup moins onéreux que ceux utilisés jusque là.

 

Ce fut l'invasion du Bleu Guimet

 

Musee-guimet-2-r

 

Jean-Baptiste eut un fils, Emile.

 

Grâce à la fortune de papa, Emile fit de très nombreux et lointains voyages,

en Egypte, en Grèce, en Inde, au Japon, en Chine, dans tous les pays d'Asie .... 

 

Pour présenter au public la magnifique collection d'objets qu'il rapporta de ses voyages, il créa en 1879 un premier Musée Guimet à Lyon,

puis il déménagea sa collection dans un autre Musée qu'il fit construire dans la capitale :  l'actuel  et célébrissime Musée Guimet de Paris.

 

Emile Guimet ne se contenta pas de jouer au collectionneur, il reprit l'usine de son père à Fleurieu sur Saône dans la banlieue de Lyon.

 En 1878, cette usine employait eviron 150 ouvriers et produisait 100 tonnes de bleu ! 

 

 

Et voilà pourquoi j'ai peint le Musée Guimet en bleu

 

pour qu'on n'oublie pas que cette magnifique collection d'art asiatique doit son existence à toutes les petites ménagères et blanchisseuses qui azuraient leur linge avant de l'étendre dans les prés pour le faire sécher.

 

    Musee-guimet-3-r

 

 

 

(*) Millet robinet : La Maison rustique des dames, Paris 1888

 

Pour m'aider à rédiger ce petit billet, j'ai eu recours à :

La Blanc, une invention choletaise - Elisabeth Loir-Mongazon - Musée du textile de Cholet

Dans les armoires de nos grands-mères - Inès Heugel et christian Sarramon - Editions du Chêne

 

Par Meriem - Publié dans : Matériel ou objets anciens - Communauté : Rien que des jolies choses
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Samedi 29 janvier 2011 6 29 /01 /Jan /2011 20:00

 

  HONITON-05r

 

 

Je vous propose aujourd'hui de regarder de près

une dentelle anglaise,

aux fuseaux,

à fils coupés,

de la fin XVIIIème, début XIXème.

 

 

Elle ressemble à certaines dentelles de Bruxelles, et pour cause ...

c'est ce qu'on lui demandait :

reproduire, en moins cher, et sur le sol anglais,

cette dentelle qu'on faisait venir à prix d'or de Belgique en contrebande.

 

 

Alors, à quoi ressemble-t-elle cette dentelle ?

Comment la reconnaît-on ?

 

 

Comment vous dire ....

....

  heuuuuuu

regardons quelques photos d'abord

 

  HONITON-02rr

 

HONITON-04r

 

Vous avez remarqué la grâce, la délicatesse des motifs?

 

Vous avez remarqué ces jolis papillons légers et aériens,

ces oiseaux tout en finesse, ces fleurs délicates ?

 

Vous avez remarqué la magnifique composition d'ensemble, si élégante ? 

 

 

hein ?

non ?

  vous n'avez rien remarqué de tout ça ?

   

En fait, vous avez vu des oiseaux obèses, des fleurs lourdes et molles, des feuilles informes, des papillons à peine reconaissables  

 le tout posé en vrac ?

vous trouvez ça  lourd et maladroit   ?

 

 

Alors oui , vous avez bien vu ...

 

 c'est de la Honiton ! 

 

 

 

Bon, voilà .... ça, c'est dit

...

  Si jamais mon blog avait réussi à gagner 2 ou 3 lectrices anglaises

... il vient à l'instant de les perdre ! 

 

 

Et oui, c'est le problème de la Honiton : c'est une dentelle très fine, qui peut nous offrir plein de petites merveilles techniques, des détails raffinés

travaillés par des dentellières expertes.

 

mais qui a hélas été desservie par des dessinateurs peu talentueux

(si dessinateur il y avait, on se le demande parfois)

et surtout des marchands pressés qui mettaient tous les éléments en vrac pour aller plus vite.

 

Même sur les plus belles pièces comme celle qui suit, la composition reste "fouillis", alors que  les motifs sont bien dessinés et élégants.

 

HONITON-08r  

 

Voyons plus en détail ce qui va nous permettre d'identifier la Honiton 

 

Vous avez compris qu'elle se distingue d'abord par son décor inspiré de la nature. 

 

 

HONITON-01r

 

On y retrouve souvent certains éléments typiquement anglais

et donc typiques de la Honiton

 

La rose (cercle violet )

Le chardon (cercle bleu)

La fougère (cercle vert)

Les trèfles (cercle orange)

Et de petits animaux comme des insectes (cercles jaunes) ou des oiseaux, des araignées avec leur toile comme vous l'avez peut être vu au centre de la photo précédente, etc.

(1)

 

 

HONITON-11r  

C'est une dentelle à fils coupés, c'est à dire que les motifs sont travaillés séparemment,

 

puis ils sont reliés entre eux par des tresses picotées (point bleu) .

 

 

 

Les motifs sont généralement travaillés en mat (point rouge).

 

Il peut y avoir cependant certains éléments en grille (point vert)

 

 

 

 

 

Le relief est donné par des lacets contour (point jaune) ,

parfois remplacés par des bottes de fils pour aller plus vite,

plus rarement un cordonnet

  (2) 

   

HONITON-12r

 

  

 

 

Une grande caractéristique de cette dentelle est l'abondance des points de remplissage fantaisie (points oranges)

 

Points de remplissages qui seront souvent à base de points d'esprits carrés (point turquoise) 

 

 

 

 

 

 

 

 

  HONITON-7rr

Ces points de fantaisie la distinguent bien de la dentelle de Bruxelles avec laquelle on peut parfois la confondre.

 

Remarquez aussi que si les dentelles de Bruxelles utilisent  beaucoup les points décoratifs à l'aiguille, vous ne trouverez pas du tout de travail à l'aiguille dans la Honiton,

tous les remplissages sont aux fuseaux. 

 

 

 

Vous avez vu tous ces détails délicats et magnifiques  ?

 

Quand je vous disais que derrière l'aspect lourd de la composition se cachent parfois des trésors de finesse.

 

 

 

 

 

 

HONITON-06r

 

Comme on l'a vu plus haut, les motifs peuvent être reliés entre eux par des tresses picotées

mais aussi parfois par un fond tulle comme sur la photo ci dessus (point rose).

 

 

Les motifs furent aussi très souvent appliqués sur du tulle main (fond Drochel) ou mécanique.

 

Sur cette photo, on voit qu'il ne s'agit pas d'une application sur tulle car, qu'il soit main ou mécanique, les mailles auraient été régulières.

Ici, elles sont déformées et "changent un peu de sens autour du motif : c'est le signe que ce tulle a été directement travaillé entre les motifs, sur le carreau de la dentellière. 

 

Quelques photos supplémentaires    ICI   

 

Et vous, elle vous plait ou pas cette dentelle ?

 

HONITON-9rr

 

 

  Référence des photos dans leur ordre d'apparition:

 

Photo en couleur : petite Honiton, collection perso

bande de Honiton fin XIXème - Allhallows Museum. Honiton

Détail d'un éventail, fin XIXème  - Allhallows Museum. Honiton

Volant fin XIXème - - Allhallows Museum. Honiton

Toutes les photos qui suivent sont des gros plans de dentelles du Victoria et Albert Museum de Londres

 

 

  (1)  ces motifs de chardon, fougère, trèfles, etc .... posés un peu n'importe comment ....

ça ne vous fait penser à rien ?

vous retrouvez exactement la même chose dans la "dentelle" d'Irlande au crochet

et oui en dentelle, c'est comme dans les familles, il y a des ressemblances qui ne trompent pas

 

 (2) Pour voir un gros plan du "lacet contour" et de la "botte" , aleez sur l'article concerné à La rosaline, et regardez le motif nomme "les poissons" 

 

 

 

Par Meriem - Publié dans : Identification - Communauté : la dentelle aux fuseaux
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