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23 avril 2011 6 23 /04 /avril /2011 18:40

 

  La-DENTelle-011

 

Vous souvenez vous de ce rêve de la Renaissance :

 

Rendre le linge transparent,

et arriver à faire des petites dents décoratives en bordure  ?

 

 

Ce magnifique col nous prouve que cette recherche n'a pas été vaine,  

tout y est : la transparence et le bord dentelé

 

 

 

Pour ce qui est de la transparence, la solution avait déjà été trouvée depuis longtemps :

on brodait des jours.

 

La-DENTelle-05

 

 

On connaît tous la technique de base des jours très simples comme celui ci, à droite :

 

on enlève quelques fils de trame et/ou de chaîne, et on brode les fils restants avec des points variés.

 

 

 

 

 

   

 

Bien sûr, nos brodeuses de la Renaissance étaient beaucoup plus expertes :

elles enlevaient  de plus en plus de fils de trame et/ou de chaîne

pour faire des jours de plus en plus larges,

et elles inventèrent une multitude de points de remplissage de plus en plus riches et décoratifs.

 

 

 
La-DENTelle-12.jpg

 

Regardez ce sampler anglais du 17ème,

il permet de comprendre mieux ce qu'était devenu cette technique au fil du temps.

 

 Quand on voit ces broderies si riches,

on croirait voir de la dentelle, non ?

 

Et pourtant ce sont bien des jours sur toile

....

puisqu'il y a une toile au départ

 

 

Mais cette toile  disparaît, on la voit de moins en moins.

 

C'est une aberration !!!!!!

  

on achète, fort cher, une belle toile fine

pour en retirer la majorité des fils,

et recouvrir le peu qui reste par de la broderie.

 

 

Il devient urgent de se pencher sur le problème.

 

     

 

 

 

 

 

 

alors, penchons nous aussi sur ce problème

à quoi nous sert la toile en fait ?

 

La-DENTelle-091 

  Elle nous fournit juste  quelques fils de trame (en jaune) et de chaîne (en bleu) pour délimiter des carrés.

 

Ces fils vont servir de support, de point d'ancrage, à la broderie de remplissage.

 

Si on a besoin de points d'ancrage supplémentaires, en diagonales par exemple (rouge), on les fait soi-même en tendant quelques fils

(voir flèche rouge qui montre une ligne diagonale en cours de fabrication)

 

....

 

Bon mais alors ....

puisqu'on sait tendre des fils de support en diagonales,

 

pourquoi ne pas faire tout le tour du carré de la même manière,

et ne plus utiliser de tissu ?

 

en voilà une idée qu'elle est bonne , non ?

 

 

 

 

La-DENTelle-071 

 

 

Quelques brodeuses

 (italiennes sans doute)  

vont donc avoir l'idée géniale de prendre un petit bout de velin ou de parchemin, et de tracer leur dessin dessus.

 

Sur les bords du carré et en diagonale, elles vont bâtir leur armature en posant  quelques fils qui vont juste suivre le motif, sans jamais traverser le parchemin.

 

C'est avec une autre aiguillée et un fil fin qu'elles vont faire quelques points espacés  

(qui eux, traverseront le parchemin)

pour maintenir les fils d'armature en place.

 

 

 

 

 

 

La-DENTelle-061 

 

 

 

Puis, elles vont tranquillement faire leur remplissage comme d'habitude.

 

Il faut préciser qu'aucun de ces points de remplissage ne va traverser le parchemin.

 

Les fils d'armatures et les points de broderie sont donc tous à la surface du parchemin.

 

 Quand l'ouvrage sera fini, il suffira de couper les petits points de bati pour qu'il se détache de son support provisoire.

 

 

  (*)

   

 

    

   

Et cette technique nouvelle va donner des idées à nos petites brodeuses :

 

pourquoi toujours faire des carrés maintenant qu'on n'a plus la contrainte des fils de trame et de chaîne ?

 

bon sang .... mais c'est bien sûr .....

on peut enfin faire des dents avec cette technique !

 

  La-DENTelle-08

 

 

nos brodeuses ont donc travaillé à la main

avec une aiguille

sans support permanent (sans tissu en l'occurrence)

 

elles viennent donc de remplir les 3 conditions obligatoires pour leur reconversion 

 

 elles sont devenues .... des dentellières !! 

 

La dentelle à l'aiguille était née.

 

 

 

 

Regardez ce col superbe :

il est juste à la croisée des chemins :

 

  La-DENTelle-11

 

Il est en Reticella :

c'est le nom donné à cette technique de jours poussée à l'extrême que l'on vient de regarder de près.

On voit bien tous ces petits carrés formés en retirant les fils de trame et de chaîne, et que l'on rebrodait de mille points de fantaisie.

 

et les dents de la bordure du col sont en Punto in Aria

c'est le nom donné à ces toutes premières dentelles à l'aiguille

 

 

 

Bien sûr, les motifs géométriques vont être progressivement abandonnés,

cette nouvelle technique permettait de réaliser n'importe quel motif.

La célèbre dentelle d'Alençon sera réalisée 2 ou 3 siècles plus tard exactement de la même manière que ces premiers petits motifs réalistes encore un peu maladroits.

 

  La-DENTelle-10

 

 

 

 

 

Cette technique va coïncider avec la mode des fraises.

 

Alors croyez bien que les élégantes de le Renaissance ne vont pas se faire prier pour porter autour de leur cou des mètres et des mètres de dentelle,

avec des dents démesurées à faire pâlir les requins.

 

 

   

 

 

 

 (*) Ces photos de dentelle à l'aiguille en cours de réalisation sont tirées de l'ouvrage "Un bordo Aemilia Ars"

 la-DENTelle-13  C'est un petit livret très bien fait qui vous permet de réaliser le motif qui se trouve en couverture, motif qui aurait tout à fait pu orner les cols de nos belles dames de la Renaissance.

Il est en italien et en anglais, hélas pas en français, mais il est très bien expliqué, pas à pas, avec beaucoup d'illustrations.

Vous pourrez vous imaginer être la petite brodeuse qui découvrit la dentelle à l'aiguille.

Vous pouvez vous le procurer chez Barbara Fay (clic sur la photo)

 

 

 

 

 

 

Le sampler anglais provient des collections du Victoria and Albert Museum de Londres

Le grand col en Reticelle et punto in aria peut être admiré au Rijksmuseum d'Amsterdam

 

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Published by Meriem - dans Histoire(s)
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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 11:40

 

livre2 p250

 

 

On me demande parfois s'il existe des livres sur

l'histoire de la dentelle,

Alors j'ai eu l'idée de vous proposer ce petit tour des livres contemporains.

 

J'ai bien dit "contemporains"

c'était pour dire ... "pas trop anciens"

...

mais hélas, ça ne signifie pas pour autant qu'on les trouve en librairie

  

Ils sont pratiquement tous à chercher chez des bouquinistes

ou sur des sites de revente sur le net.

 

 

Il s'agit de livres généralistes sur l'histoire de la dentelle,

j'ai omis volontairement ceux qui traitent d'une dentelle bien spécifique.

 

 

 

 

 

A tout seigneur tout honneur, je commence par LA BIBLE de l'histoire de la dentelle,

 

le Trois siècles de dentelles

de Mme Risselin-Steenebrugen

 

(photo en titre de cet article)

 

Difficile de faire plus sérieux et plus complet, c'est une mine d'or.

Vous saurez tout sur l'histoire de la dentelle de chaque pays,

c'est à lire, et relire, et relire sans fin.

De plus, c'est le seul qu'on puisse encore trouver chez certains marchands spécialisés

(je l'ai vu récemmenten en expo sur un stand de l'Hôtel de la dentelle de Brioude)

 

Mais .... mais hélas, ce n'est pas le plus agréable à lire

ce n'est pas du tout le style de l'écriture qui gêne, certes un peu ancien mais si agréable ,

 

non, ce qui gêne, c'est le format.

 

C'est un énorme et très lourd pavé de 600 pages, avec des photos belles mais un peu anciennes quand même, en noir et blanc, et  qui sont hélas séparés du texte, obligeant à interrompre sa lecture pour aller chercher l'illustration... c'est laborieux.

 

 

 

 

 

 

Fabuleuses dentelles

De Janine Montupet et Ghislaine Schoeller

 

livre5 p250

 

 

Présentation classique des dentelles par pays.

Ce n'est pas du tout une histoire de la dentelle, mais une accumulation de petits textes disparates et sans grand intérêt.

Par contre, les photos sont fabuleuses.

A s'offrir donc éventuellement, mais uniquement pour le régal des yeux,

vous n'y apprendrez pas grand chose.

 

Je le vois assez régulièrement proposé sur le célèbre site de ventes aux enchères qui commence par un E et finit par un y 

 

 

 

 

L'Europe de la dentelle

De Martine Bruggeman

 

livre4 p250

 

 

Hélas introuvable ... je ne l'ai jamais vu proposé sur le net ,

du moins dans la version française (car il existe aussi une version néerlandaise)

 

Cet ouvrage de 1997 est un peu le "Trois siècles de dentelle" moderne.

Une histoire très complète par pays, avec beaucoup de photos en couleurs superbes.

 

Un ouvrage très sérieux et très complet ... presque trop ....

je regrette juste que ce soit un peu au détriment de l'analyse.

 

J'aurais aimé que cette grand historienne de la dentelle qu'est Martine Bruggeman laisse un peu plus parler sa sensibilité, replace les dentelles dans leur contexte culturel et historique . 

 

A acheter sans hésiter une seconde si vous en avez l'occasion.

 

 

Dentelles

d'Anne Kraatz

 

livre6 p250

 

 

 Comment vous dire ce que je pense de ce livre

....

j'en ai deux exemplaires

pourquoi deux  ?

ça ne sert à rien ?

je sais 

mais c'est plus fort que moi 

la peur de manquer  

 

livre7 150

   

 

D'abord c'est un magnifique livre d'art, merveilleusement illustré,

vendu dans l'emboîtage toilé que vous voyez à droite.

 

Contrairement à tous les ouvrages dont on a parlé précédemment, les dentelles ne sont pas présentées par pays, mais par siècle.

 

Et croyez moi, c'est beaucoup plus passionnant, on comprend bien mieux comment chaque dentelle s'est inscrite  dans les goûtss artistiques de son époque, dans l'histoire elle même, dans le costume.

 

 

 

C'est vraiment l'analyse qui manquait à l'ouvrage précédent.

Alors certes, du coup, c'est un inventaire un peu moins complet,

c'est plutôt il est vrai une histoire franco-française, éventuellement un peu italo-belgo-française,

 

mais c'est passionnant, ça se lit comme un roman,

on apprend, et surtout, on COMPREND plein de choses.

 

Je propose d'organiser une manif devant les éditions Adam Biro pour les obliger à republier ce livre.

En attendant, je le vois de temps en temps passer sur le site de ventes aux enchères e---y, à des prix .... très variables !.

 

 

 

 

 

Pour celles qui maîtrisent l'anglais, il y a le

Lace, a history

De Santina M. Levey

 

livre1 p250 

  Enormément de photos (hélas séparées du texte là aussi),

et une vision intéressante, différente parfois des autres ouvrages.

 

mais bon, mon niveau d'anglais ne m'aide pas beaucoup,

m'imposant une lecture longue et fastidieuse

.... faut vraiment que j'aime la dentelle, j'vous l'dit  

 

 

 

 

livre3 p200

 

 

 

enfin pour finir un petit ouvrage qu'on trouve hélas très souvent chez les bouquiniste ou sur le net

L'Europe en dentelles de Rita Carole Dedeyan.

 

Soit je dis tout ce que je pense de cet ouvrage

  ...

soit, pour ne pas avoir d'histoires, je me contente de dire : 

ne gaspillez pas votre argent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je suis curieuse d'avoir vos avis sur ces ouvrages si vous les avez.

 

Peut être seront-ils très différents du mien,

tant mieux d'ailleurs,

ça permettra à celles et ceux qui hésitent d'avoir plusieurs sons de cloche.

 

 

 

Peut être aussi connaissez vous d'autres ouvrages que je n'ai pas cité.

 

Je reprécise bien que je n'ai évoqué que les ouvrages contemporains et généralistes sur l'histoire de la dentelle.

Nous aurons d'autres occasions de parler des ouvrages plus anciens, mais tout aussi passionnant comme le Burry Paliser par exemple

 

Je vous écoute  

 

 

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9 octobre 2010 6 09 /10 /octobre /2010 18:49

 

apprentie 4 p350

    

Comment les petites dentellières

 des siècles passés

 

 apprenaient-elles leur métier ?

     

Avec leur maman, leur tante, leur grand mère ?

oui certainement, mais de cet apprentissage familial, nous ne savons pas grand chose.

 

   

Parfois on passait un accord avec la voisine dentellière, qui se chargeait d'enseigner ce qu'elle savait à la petite fille, moyennant finance ou compensation en nature, mais de ça aussi nous n'avons pas trace, sauf ....

 

 

 

 

sauf si les deux parties avaient eu la bonne idée d'établir un véritable contrat qui va arriver jusqu'à nous.

 

Ainsi ce boucher d'Alençon qui va demander à deux veuves, deux dentellières à l'aiguille, de prendre sa fille Catherine en apprentissage, charge à lui de fournir le matériel nécessaire, et de donner en contrepartie aux deux veuves un morceau de viande de 4 sols tous les samedis.

 

   

 

 

Il y avait aussi l'apprentissage collectif par les manufactures royales qui se sont chargées de former leurs dentellières, ou par les nombreuses oeuvres de charité qui avaient pour but d'enseigner aux jeunes fille un « métier honnête ».

 

 

Mais très souvent, les familles plaçaient leur petits filles

en apprentissage ,

chez des dentellières, ou, généralement chez des marchants,

en établissant un contrat en bonne et due forme.

 

On a ainsi pu retrouver nombre de ces contrats, dont certains datent du XVIIeme siècle,

 des« baux de services » d'enfants,

des « baux à titre de nourriture et entretenement », etc.

 

 

apprentie 3 p400

 

 

Que nous racontent ces contrats ?

   

Que les enfants avaient généralement entre 7 et 12 ans à la signature,

que la durée moyenne du contrat était de 6 ans.

Beaucoup quittaient l'apprentissage vers l'âge de 18 ans, pour s'établir.

 

Le bailleur ne verse habituellement pas d'argent au maître d'apprentissage

(sauf dans le cas de contrats de courte durée, surtout en ville),

 

au contraire, c'est le maître d'apprentissage qui pend à sa charge le logement, la nourriture et l'entretien du linge  de l'enfant

« quéry ses vivres, fourny feu, lict et chandelle ».

 

 

  apprentie 5 p350

 En cas de maladie, le maître peut s'engager à

« fait panser et médicaments quinze jours durant ».

   Bon, faudra pas s'imaginer être malade trop longtemps, hein

 

   

Parfois, le preneur se charge aussi d'habiller la jeune apprentie :

« entretenue d'habits, linge, chausses et souliers »

   

D'autres fois, surtout en campagne, il est même prévu qu'elle pourra emporter à la fin du contrat

« ses habits journaliers et ceux du dimanche »,

   

 voire même un trousseau neuf, dont le montant est précisé et la composition parfois soigneusement détaillée dans le contrat, le maître s'engage ainsi à la fin du contrat à

« l'entrousseler bien et honnestement suivant sa condition »

  

    

 

 

 

apprentie 1 p230 

 

Si en ville le contrat est souvent de courte durée, en campagne, il était généralement beaucoup plus long, et les « devoirs » du maître plus complets,

 

 L'enfant peut ainsi être élevée par ses maîtres d'apprentissage, et certains contrats précisent que le preneur devra les traiter « comme si c'était leur propre enfant », sachant qu'en plus d'apprendre et faire de la dentelle, on pourra lui demander d'autres menus services.

 

 

   

Ainsi en 1770, Renée Jousselin se chargera d'enseigner « le velin » (= la dentelle à l'aiguille) à deux soeurs de 10 et 11 ans

 « sans en rien cacher »

et ce, pendant huit ans.

 

Elle les logera, les nourrira, les enverra à la messe et au catéchisme, et même s'engage à leur apprendre à lire et à écrire

(ce qui était loin d'être toujours le cas !).

 

 

 

 

 

 ô la belle vie ?

logée nourrie blanchie !

   

Pas sûr, car il y a bien entendu une contrepartie :

 

l'enfant va apprendre la dentelle et en faire .... en faire ...

... en faire beaucoup !

 

et le gain tiré de la vente de ces dentelles reviendra en intégralité au maître d'apprentissage

 

 

apprentie 7 p450  C'est pourquoi ces contrats sont souvent établis pour plusieurs années, afin de bénéficier au maximum des progrès de la jeune apprentie :

plus elle deviendra experte

plus ses dentelles seront vendues chères.

  

Regardez le nombre de fuseaux de cette jeune apprentie dentellière belge de 16 ans !

    

 

Les contrats contiennent même des clauses de rupture,

   ainsi Renée a pris la précaution de préciser que la mère des deux fillettes devra payer 300 livres si jamais elle retirais ses enfants avant le terme du contrat.

   

 Et ne croyez pas qu'elles apprenaient la dentelle progressivement et tranquillement .

   Il ne s'agissait pas de s'exercer à coup de petits échantillons comme on le fait aujourd'hui.

 

L'enfant devait réaliser à chaque fois des mètre et des mètres de dentelle.

  C'était le cas même pour les dentelles d'apprentissage les plus basiques, ces petits lacets de moins de 10 fuseaux qui étaient utilisés comme engrelure.

  ainsi en 1665, un contrat précise que la petite Hélaine Paulmier

sera logée, nourrie, couchée, chauffée pendant l'année où elle apprendra la dentelle,

 

ET ... 

 «  .... elle sera tenue de commencer à travailler à six heures de matin de chacun jour

et quittera à huict heures du soir, hyver et esté »

 

 

gloups ...

ça fait quand même des bonnes journées

et sans RTT 

 

Alors .... partant(e)s pour signer ?

 

   

apprentie 6 p250

 

 

Pour écrire cet articles j'ai pioché la majorité des informations dans ces deux ouvrages :

L'économie dentellière en région parisienne au XVIIe siècle par Béatrix de Buffévent 1984 . Un peu (beaucoup ) barbant à lire .... mais plein d'informations.

La dentelle D'Alençon. Recueil de textes du XVII au XXeme siècle. Archives départementales de l'Orne 2001

 

Et les images ?

oui, là je sais, y a comme un décalage : je vous parle de contrats du XVIIe ou XVIIIe siècle, et je vous montre des photos du siècle dernier.

Faut dire que j'ai pas trouvé une seule photo du XVIIe          vi vi .... j'vous assure, pas une seule ! 

 

Se référer au numéro qui sont sur les photos et non à leur ordre d'apparition à l'écran

1 - Détail d'une cate postale ancienne : jeune dentellière de Haute Loire

2 - Détail d'une carte postale ancienne : Dentellières du Puy

3 - Détail d'une carte postale ancienne : jeunes dentellières argentanaises

4 - Détail d'une carte postale ancienne : Dentellières du Puy . Photo mise en scène bien sûr, ne croyez pas que les dentellières du Puy étaient si bien habillées et que leurs petites filles travaillaient avec des couronnes de fleurs dans les cheveux.

5 - Photo extraite du catalogue d'une extraordinaire exposition présentée en 2004-2005 Musées Royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles,

6 - une petite dentellière anglaise je n'ai pas retrouvé de qui est ce tableau, et où il se trouve  ??

 

 

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 16:00

  Sophie Dorothea femme de Georges I p300

 

 

  

S'il est une histoire que j'ai toujours trouvée touchante, c'est celle de l'Angleterre avec la dentelle.

 

L'Angleterre a aimé la dentelle à la folie

 

passionnément

 

et pourtant, ils n'ont jamais eu d'enfant à la hauteur de cet amour.

 

 

Elle a admiré et acheté sans compter les dentelles du continent, les majestueuses dentelles à l'aiguille italiennes et les douces dentelles flamandes.

 

Mais la qualité des productions de dentelles anglaises n'a pas réussi à égaler celle de ces productions étrangères et surtout l'Angleterre n'a jamais réussi à créer SA dentelle comme les autres pays, une dentelle aussi prestigieuse que le Point de Venise, le Point de France ou les dentelles de Bruxelles.

Cet échec n'est pas dû au travail des dentellières, mais bien au manque total d'inspiration des dessinateurs anglais (à quelques rares exceptions près).

 

 

 

Et cependant, l'Angleterre a donné son nom à une magnifique dentelle : le Point d'Angleterre

 mais il s'agissait en fait d'une dentelle belge, ainsi nommée à cause de son succès auprès des anglais.

 

 

Tout avait été fait cependant pour promouvoir la production locale et empêcher l'importation des dentelles étrangères.

 Avant 1700 déjà, les mesures protectionnistes s'étaient succédées mais sans aucun succès.

 

 charlesII p200

 

 

Il faut dire que les plus hautes instances ne donnaient pas l'exemple.

 

Ainsi Charles II fut-il un des premiers à interdire par décret l'importation des dentelles

...

mais il prit la précaution juste avant  de demander à son tailleur de faire venir tout le métrage nécessaire pour lui bien sûr, mais aussi pour son épouse, sa maman, son frère ... bref, pour toute la famille.

 

Si le roi lui même se moque de son édit comme de sa première chemise, pourquoi la noblesse n'en ferait-elle pas autant ?

 

Et effectivement, la cour n'imaginait pas porter autre chose que des dentelles belges, italiennes ou françaises

 

alors on continua d'importer, mais clandestinement, des mètres et des mètres de dentelles.

 

 

 

 

   

C'est ainsi que l'industrie de la dentelle donna du travail à un nouveau corps de métier, très bien rémunéré, même s'il présentait c'est vrai quelques risques :

 

les contrebandiers

 

 

Ils inventaient mille ruses.

Tout était bon pour cacher la dentelle qui traversait la Manche : les caisses à double fond bien sûr, mais aussi des bouteilles, des livres, des pains, etc

Afin qu'ils ne prennent pas froid sur le bateau, sage précaution, les bébés qui voyageaient vers l'Angleterre étaient chaudement emmaillotés .... dans de nombreuses couches de dentelles superposées

 

Les contrebandiers n'étaient pas les seuls à profiter de ce commerce très lucratif.

Ainsi Mme Burry Palisser  (1) raconte que "tous les journaux fourmillaient de relations de saisies faites par les douanes. Tout le monde faisait de la contrebande. Un gentilhomme attaché à l'ambassade d'Espagne est débarrassé à son arrivée à Londres de 36 douzaines de chemises ornées de jabots et de manchettes en dentelle de Dresde, et d'une quantité de pièces de dentelles"

 

 

Charlotte Sophie p350

 

 

Les agents des douanes fouillaient les ports, les navires. Ils faisaient des descentes chez les marchands pour vérifier l'origine des dentelles, et s'il s'avérait qu'elles provenaient de la contrebande, elles étaient brûlées.

 

 

Mme Burry Palisser relate aussi que Georges III exigea que la cour porte uniquement des dentelles anglaises à l'occasion du mariage de sa soeur avec le duc de Brunswick.

 

Et comme la noblesse n'en fit qu'à sa tête,  3 jours avant le mariage, le roi fit enlever toutes les dentelles étrangères. Les magasins furent littéralement vidés, et les douaniers guettaient les belles dames pendant leurs promenades pour leur enlever toute la dentelle qu'elles portaient.

 

Et si l'on regarde le portrait de l'épouse de Georges III à droite,  on voit que les dames de l'époque était bel et bien couvertes de dentelles.

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais la technique de contrebande la plus célèbre fut

l'utilisation des cercueils !

 

Ainsi, quand un sujet britannique mourrait sur le continent, on en profitait pour bourrer de dentelles la place libre laissée dans le cercueil qui le ramenait sur son île natale.

Ce fut le cas du cercueil de l'évêque Atterbury qui contenait pour 6000 livres de Point de France.

La technique se révéla si lucrative qu'on en vint même à ne plus ramener le corps qui , à l'évidence, prenait trop de place au détriment des ballots de dentelle.

 

 Georges II p200

 

    Ce fut donc une joyeuse pagaille pendant de nombreuses années, d'autant que les périodes de protectionnisme alternaient avec des périodes pendant lesquelles on autorisait à nouveau les importations, la production locale se révélant insuffisante.

 

C'est bien Venise, la France et Bruxelles qui régnaient sur l'Angleterre !

   

Ainsi, Georges II

(c'est aussi le petit garçon que l'on voit avec sa maman en début d'article)

n'hésite-t-il pas à poser avec un magnifique rabat en gros point de Venise.

 

 

 

 

 

En 1806, c'est Napoléon qui donnera un petit coup de main (involontaire) à l'industrie dentellière britannique, avec un décret qui interdisait tout commerce avec l'Angleterre.

 

C'est à cette même époque, XIXe début XXeque l'on vit se détacher du lot les noms connus de la dentelle anglaise : la Bucks (encore que ...), la Bedforshire ou la Honiton par exemple.

 

 

Mais c'était trop tard

la dentelle mécanique était déjà là.

 

Elle était même là depuis longtemps puisque l'Angleterre fut le berceau de la mécanique.

 

Et oui,  les contrebandiers ne manquaient pas de travail, car en même temps qu'ils ramenaient en Angleterre les dentelles main .... ils rentabilisaient le voyage retour en faisant passer en France les métiers à dentelle mécaniques.

 

 

Une dernière petite photo pour vous montrer que la noblesse anglaise n'a pas changé.

 

Quand la queen veut se mettre sur son 31, vous remarquerez qu'elle porte encore une robe de dentelle, même s'il s'agit ici de dentelle mécanique

 

.... il faut bien vivre avec son temps

 

 queenelizabethii p200

 

 

 

Je profite de ce petit billet pour prendre officiellement la défense de la Queen anglaise.

si si , j'y tiens

 

Dès qu'on la voit, on se fait un devoir de pouffer devant ses tenues.

Et bien je me souviens, lors du congrès OIDFA en Angleterre il y a quelques années, avoir visité une expo sur les robes de la reine.

Je suis entrée dans la salle le front altier et l'air moqueur , comme il se doit ...

 

 et bien .... pan sur mon bec ..... 

elles étaient magnifiques ces robes !

 

Certes, certaines étaient d'une couleur un peu kitsh, mais ce n'était pas du tout la majorité.

Alors bien sûr, cette pauvre reine n'a pas  (comme moi )   la silhouette de Claudia Shiffer,

et surtout les petites photos dans les magasines ne permettent pas de voir les détails, la coupe, les broderies, les perles, etc.

on pense qu'elle est mal fagotée, mais croyez moi .... elle sait se faire plaisir avec ses robes ! 

 

 

 

L'Angleterre n'avait pas le monopole de la contrebande de dentelle, souvenez vous de la technique des chiens entre la France et la Belgique, ici

 guirlande_fleur.gif

 

Comme d'hab',  la liste des acteurs dans l'ordre de leur apparition à l'écran :

 

Sophie Dorothée, épouse de Georges 1er . Portrait attribué à  Jacques Vaillant vers 1691 Bomann-Museum Celle

Charles II par Wright. 1660. Collection de la famille royale britannique. C'est un roi cherà mon coeur puisqu'il donnera son nom au Cavalier King Charles .... et que, avant papillon, c'est une petite rouquine de cette race qui protégeait mes dentelles.

La reine Sophie Charlotte, épouse de Georges III  par  Johann Zoffany 1744 Holburne Museum of Art

Georges II  par Sir Godfrey Kneller 1716

Elisabeth II

 

 

(1) Mme Bury Palisser, Histoire de la dentelle, Librairie Firmin Didot, 1890

Pour cet article, je me suis aussi inspirée du livre de Marine Bruggeman, l'Europe de la dentelle. Stichting Kunstboek 1997

 

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Published by Meriem - dans Histoire(s)
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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 15:50

aea01 p500



La fondation Aemilia Ars n'est pas une de ces nombreuses fondations qui furent créées spécialement pour "sauver" la dentelle

.... et pourtant ....


Elle a vu le jour en 1898 en Italie, en Emilie (d'où son nom), et plus exactement à Bologne.

Pour se défendre contre l'industrie qui reproduisait toutes sortes d'objets utilitaired ou décoratifs à grande échelle,  selon les mêmes modèles, mauvaises copies de l'ancien, des artistes et des petits nobles locaux créèrent cette fondation afin  de  :

" promouvoir et faciliter l'étude, la production et la commercialisation des arts décoratifs" 

c'est à dire trouver de nouvelles formes et de nouveaux dessins , mettre en place de nouvelles organisations de travail plus humaines, oeuvrer pour la sauvegarde et l'enseignement des techniques anciennes, chercher de nouvelles formes de production et de commercialisation. 

Il s'agissait de  mettre l'art au service  du quotidien, de créer des objets décoratifs et utiles : meubles, vaisselle, luminaires, bijoux ... et bien sûr linge, et donc dentelles et broderies.

On voit que l'Aemilia Ars était tout à fait dans la lignée des mouvements européens en vogue à l'époque : l'Art Nouveau ,  ou l'Arts and Crafts (arts et artisanats) anglais,  qui voulaient remettre à l'honneur le travail fait main, les techniques anciennes, les matériaux naturels, les dessins stylisés inspirés de la nature.




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La dentelle n'était au départ qu'une des modestes branches de cette fondation.

Côté matériaux naturels, pas de problème avec le lin et le coton.

 Et côté dessins nouveaux ...  et bien les dentellières se mirent au diapason et adoptèrent des motifs aux grands ramages stylisés, avec des oiseaux (parmi lesquels le paon très souvent représenté), des cervidés, des poissons, des insectes, etc.


Les différents mouvements européen dans l'esprit Art nouveau eurent finalement une durée de vie assez courte, et elle fut encore plus courte pour l'Aemilia Ars, malgré l'enthousiasme que cette fondation souleva lors de certaines expositions, dont celle de Turin en 1902.

Cet  ambitieux projet, peut être un peu trop idéaliste, se trouva vite confronté aux réalités économiques et il disparaîtra très rapidement, vers 1903.

sauf .... sauf  la toute petite section dentelle et broderie ...

qui petit à petit s'était fait une place de choix ...

qui avait été tout particulièrement admirée lors des expositions...

et qui réussira ainsi à tirer son épingle du jeu
(ben oui .... forcément ... côté épingle, la dentelle était bien placée )


Elle survivra d'abord grâce au faible coût de ses matières premières, mais aussi parce que son fonctionnement demandait peu d'investissements : 
les dentellières travaillaient chez elles, et leur production était ensuite vendue dans les magasins de la fondation (ces dentelles étaient vendues dans toute l'Europe)
La fondation se chargeait aussi de fournir les modèles et de contrôler de façon très stricte la qualité du travail.
Bref, un fonctionnement de coopérative simple et efficace.



aea05 p300

Une autre raison fut que la branche dentelle et broderie s'était diversifiée en s'appropriant un autre style très à la mode à l'époque : 
le style Renaissance.

Le public redécouvrait avec émerveillement les somptueuses rosaces des dentelles renaissance (entre autre à travers les collections du Musée Cluny en France) et les dentelles du XVIè et XVIIè faisaient fureur .
C'est cette même mode qui fut à l'origine de la naissance en France de la dentelle Cluny  ... du nom du Musée !

Un heureux concours de circonstances fit  qu'en  1901, la comtesse Lina Cavazza Bianconcini, dont le mari était un membre de la fondation, demanda à cette dernière de restaurer et reproduire  sa magnifique collection de dentelles anciennes.




Les dentellières de l'Aemilia Ars eurent ainsi l'opportunité d'étudier et de reproduire ces dentelles redevenues à la mode.


Elles vont donc abandonner (ou presque) juste à temps les  dessins Art Nouveau sur le déclin, pour batir leur gloire sur la reproduction des modèles Renaissance.

Ces dentelles du XVIè et XVIIè siècles, dont le fameux Punto in aria, elles vont les reproduire à la perfection ... au point que c'est justement cette perfection du travail qui permet souvent de reconnaître les dentelles Aemilia Ars des dentelles originales parfois plus grossièrement réalisées.

aea06 p300Il y avait eu de nombreux, et fameux, livres de modèles de dentelles publiés à la Renaissance, et la fondation Aemilia Ars va reproduire une quantité impressionnantes des dessins des créateurs de cette époque : Vinciolo, Vecellio, Passerotti,Pagan, Folli etc, et bien sûr quelques bolognais comme  Danieli.
Elle réalisa par exemple l'intégralité des modèles que Artchangelo Passerotti avait publié en 1591 à Bologne.




Au fil du temps, l'ojectif original pluridisciplinaire de la fondation va être oublié, et aujourd'hui qui dit Aemilia Ars pense aussitôt dentelle, et uniquement dentelle
 (et uniquement dentelle à l'aiguille d'ailleurs, il y eu très peu d'ouvrages aux fuseaux)

Comme vous le voyez sur les photos, on retrouve bien dans les dentelles de l'Aemilia Ars les deux influences stylistiques : la Renaissance et l' Art nouveau ... avec parfois un savant mélange des deux.

La coopérative disparaîtra en 1935 pour renaître  après la guerre mais de façon beaucoup plus modeste.

aea03 p500
Les photos que je vous ai proposées sont tirées d'un ancien ouvrage de 1929
"Merletti et ricami delle Aemilia Ars".

J'ai cherché sur le net si on ne pouvait pas le consulter en ligne. Certaines d'entre vous m'avaient donné des adresses de sites proposant de consulter ou télécharger des ouvrages anciens, mais je n'arrive pas à remettre la main dessus ... dommage .... peut être aurez vous plus de chance que moi



aea08Pour celles qui auraient envie de jouer à "la petite dentellière de l'Aemilia Ars", il existe un livre très bien fait expliquant pas à pas le travail d'une large dentelle à l'aiguille style Renaissance : "Un bordo Aemilia Ars".
Vous pourrez trouver cet ouvrage chez  Barbara Fay





Enfin je vous propose de voir quelques photos supplémentaires sur les deux liens qui suivent.

ici  et   ici

Dans le premier,  vous verrez sur la première photo des ronds avec un paon,  un oiseau et une toile d'araignée dans le style Arts and Crafts ... et au milieu des entre-deux style renaissance. 
Puis des mouchoirs Renaissance .... suivis d'une grande robe aux oiseaux Art Nouveau.

Bref, le mélange typique qui "signe" les travaux de l'Aemilia Ars



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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 13:00




Et oui, nous sommes le 11 Novembre

quelle meilleure occasion pour vous proposer un petit billet sur la dentelle de la guerre 14-18 ?



Et pour illustrer ce type de dentelle, voici un napperon belge typique de la production de cette période, production à qui l'on va donner un nom :

 War Lace 
( dentelle de guerre )



Nombreux étaient les ouvrages de propagande pendant la première guerre mondiale.
Tout le monde se devait par exemple d'avoir son mouchoir imprimé ou brodé sur un thème patriotique.
La dentelle ne va pas déroger à cette règle.



Bien avant la guerre déjà, en Belgique comme en France, l'industrie dentellière ne devait sa survie qu'à quelques firmes renommées, et surtout à de nombreuses associations et fondations (exemple) dont le but était de trouver de nouveaux débouchés à la production dentellière, de transmettre les techniques en ouvrant de nouvelles écoles, de chercher des créateurs pour proposer des dessins nouveaux, etc.

Ces mêmes associations vont beaucoup aider les dentellières pendant la première guerre mondiale, avec des parrainages prestigieux et des financements d'états, comme par exemple "la Dentelle Belge" fondée par la reine Elisabeth de Belgique, et qui va permettre entre autre d'ouvrir aux dentelles belges le marché américain .

Et les américains vont s'enticher de ces dentelles, de nombreux bienfaiteurs outre atlantique vont aider les dentellières belges, leur procurant les fonds nécessaires pour leur permettre de continuer leur travail, d'acheter leurs fils, mais aussi tout simplement pour leur permettre de survivre, de se procurer de la nourriture.







Pour vendre sur ce marché américain, et aux pays alliés très demandeurs d'iconographie patriotique, les dentellières belges vont fabriquer de nombreux petits "souvenirs" comme ce napperon au point de Paris .

Il représente les symboles des grands pays alliés :

le lion belge,
le coq français,
la licorne anglaise
et l'ours russe

 (ours qui indique que la dentelle est sans doute antérieure à 1917, cet ours ayant été peu représenté sur les dentelles après la révolution russe).






Certaines de ces War Lace furent des pièces exceptionnelles offertes en remerciement à des institutions ou organisations officielles.
Exceptionnelles pour leur qualité technique .... mais pas toujours pour leurs dessins sur lesquels on retrouvait par exemple  souvent l'effigie des différents chefs de gouvernement alliés (en témoigne ce grand napperon à l'aiguille).
 

Mais la plus grande partie de cette production de guerre fut bien sûr une production commerciale bon marché et de piètre qualité, mais qui permettait aux dentellières, et aux écoles aussi, de survivre
 ...n'etait-ce pas là l'essentiel ?






Si le modèle le plus connu est donc ce modèle au point de Paris, à Grammont, ville belge spécialisée dans la dentelle de Chantilly en soie noire, on travaillera aussi beaucoup de war lace.

Ainsi Martine Bruggeman dans son livre "l'Europe en dentelle" raconte  que "le comité de la Croix Rouge commandait des modèles déposés en dentelle, ceux ci étant ensuite vendus au profit des victimes de la guerre. La soie faisant défaut à la fin de la guerre, le Chantilly et la Blonde furent réalisés en coton".














 

Ici, vous pourrez voir un grand carré sur le même thème que le napperon, avec en plus l'aigle américain .




Et pour finir, un petit exercice : avez vous trouvé où se trouve l'aponce sur le napperon ?














Moi je la trouve pas trop mal faite (d'autant qu'elle est beaucoup plus visible sur la photo qu'en vrai !)
 la voici en gros plan, elle est juste au dessus de la ligne bleue.





Et elle se trouve derrière l'ours 



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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 15:30



Et oui, c'est bien Napoléon !

Que vient-il faire ici ?

Mais il a sa place, oui oui, il a sa place sur un blogue de dentelle,
car il a "bataillé" pour elle !

Ce ne fut pas une défaite .... mais ce ne fut pas une grande victoire non plus !


 Napoléon a essayé d'aider les industries du luxe, peut être plus pour des raisons de prestige d'ailleurs, que pour des questions économiques.

Parmi ces industries : la porcelaine, les soieries lyonnaises par exemple ... et la dentelle qui avait particulièrement besoin d'aide à cette époque.
Ce n'était  pas la révolution qui avait tué la dentelle, l'industrie dentellière était déjà sur son déclin. Il suffit de comparer la place qui lui était faite sur les costumes Louis XIV et Louis XVI pour s'en rendre compte.





Pour mener la bataille et sauver la dentelle, Napoléon avait deux armées prestigieuses :

les dentellières d'Alençon et celles de Bruxelles.

Et oui, Bruxelles aussi , qui faisait partie à ce moment là de l'empire français!
L'application de Bruxelles d'ailleurs se prêtait à merveille aux motifs d'abeilles, aigles et couronnes de laurier du style napoléonien.

Il accorda d'abord des fonds importants destinés à ouvrir des écoles, à organiser des concours, mais l'effet de ces mesures sera de courte durée.


Pour relancer l'industrie dentellière il fallait surtout relancer les commandes, et pour relancer les commandes, il fallait mettre les dentelles en valeur, leur faire de la "pub".





Pour cela, Napoléon emploiera deux méthodes :

Les commandes impériales et les expositions internationales.



De  nombreuses et importantes commandes impériales donnèrent une bouffée d'oxygène à cette industrie.


Ces commandes donnaient parfois à Napoléon l'occasion de faire des visites de prestiges
,
à Bruxelles en 1803 dans la firme de Mme Vanderborght,

à Alençon le 31 mai 1811 chez Mme Crérambault à qui il avait commandé une garniture de lit pour Joséphine, garniture de lit "parsemée d'abeilles et bordée de branches de lilas"
....  qui fut terminée un peut trop tard pour Joséphine et qui nécessita  un changement d'initiales de dernière minute pour mettre celles de Marie Louise.


Il s'agissait véritablement de visites de prestige puisque Napoléon  arriva à Alençon avec un cortège composé de "50 voitures, attelées de de 250 chevaux de poste, 17 bidets pour les piqueurs, 6 brigades de chevaux de selle, 6 berlines de ville, 3 calèches à la Daumont, et 50 chevaux de carrosse. Il y avait pour les escortes 150 grenadiers, 230 chasseurs, autant de dragons et 15 gendarmes d'élite" (1) . 

Et les dentellières de Mme Crérambault étaient là à l'arrivée,  pour lui faire une démonstration de leur art .
A-t-il dit  les phrases que l'on entend à chaque démonstration : "il faut de bons yeux" .... "j'aurais pas la patience" ....      
     ...    ça m'amuse de l'imaginer   




Les expositions nationales et internationales étaient aussi l'occasion de mettre les dentelles à la main en valeur, car n'oublions pas qu'elles étaient menacées, étouffées par la concurrence des ouvrages mécaniques anglais.

Commandes impériales et expositions  suscitèrent un nouvel intérêt pour la dentelle, entraînèrent quelques commandes qui permirent de à la dentelle de prestige et à quelques grandes firmes de survivre, mais pas à l'industrie dentellière de faire vivre les milliers de petites dentellières des siècles précédents.



Comme sous la monarchie où le port de la dentelle était obligatoire, Napoléon exigea aussi que l'on porte de la dentelle pour les réceptions officielles .
Pour les hommes, même sur les costumes d'apparat, il n'y avait guère que le jabot qui était en dentelle. Et en dehors des très riches costumes de  cour, elle n'était pas présente sur les tenues masculines.

Quant à Napoléon, à part le petit jabot d'Alençon et le col à la Médicis de son couronnement .... on ne le voit guère porter de dentelle sur les différents portraits connus !









Par contre, les dames de l'empire portaient beaucoup de dentelles (au moins sur les robes d'apparat) .

On aime beaucoup aussi à l'époque les cols relevés "à la Médicis", un peu comme celui de Joséphine que l'on voit ci contre

La dentelle d'application de Bruxelles était la plus appréciée, mais on portait aussi beaucoup de  Blonde qui avait surtout l'avantage d'être peu chère.












Les robes en Point d'Alençonsont quand même plus rare .... imaginez le temps que j'ai passé à admirer cette robe entièrement en Alençon lors d'une exposition des Musées Royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles (hélas la photo ne lui rend pas  vraiment hommage) . 

Regardez bien : toute en Point d'Alençon !!!!!





Les photos "dans leur ordre d'apparition à l'écran" :
- Napoléon en costume de sacre par Robert Le Fèvre
- Voile en application de Bruxelles sur réseau Drochel
- Portrait du Maréchal Duroc en  costume de cour par Baron Gros
- Josephine - Détail du Sacre de Napoléon par Jacques-Louis David
- Robe en Point d'Alençon 1805. Musées Royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles
(1) "La dentelle d'Alençon". Felix Boulard  1924


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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 08:00

 

On parle beaucoup des dentelles, on les admire, on les collectionne; on parle aussi souvent de tous ces nobles messieurs et nobles dames qui les portaient;  mais les humbles petites dentellières qui les faisaient, il ne faut pas les oublier.

Aujourd'hui, j'ai eu envie de vous faire rencontrer quelques unes d'entre elles.

Nous avons toutes en tête une image des dentellières d'autrefois, travaillant plus de 12 heures par jour, pour un salaire de misère, exploitées par les leveuses (pas toutes) et les  marchands.
C'est en grande partie vrai, mais il faut savoir que les situations pouvaient être très variées en fait.

En 1902, Pierre Verhaegen est chargé par le Ministère de l'Industrie et du Travail Belge de faire un état des lieux de l'industrie dentellière dans son pays pour voir s'il est possible de lui donner un second souffle (*).

Pour cette étude, il est allé dans les ateliers, les couvents, mais il a aussi rencontré de nombreuses dentellières à domicile, et a établi une longue liste de ses visites, avec pour chacune un bref exposé de leurs conditions de vie, de la dentelle qu'elles étaient en train de travailler et de leur salaire.

Cette liste, si on prend le temps de la lire attentivement est très intéressante ... et émouvante.
Je vous propose donc une petite visite chez quelques dentellières à domicile des années 1900, en Belgique


Dans la très grande majorité des cas, la situation est bien celle que nous imaginons, en voici deux exemples parmi beaucoup d'autres :

Deux vieilles femmes gagnent de 50 à 60 centimes par jour , en faisant des mouchoirs en dentelle de Bruges. Elles travaillent 10 heures par jour pour une kooprouw (leveuse) qui, au bout de la semaine , leur retient souvent 5 à 10 centimes sur leur salaire, en prétextant que l'ouvrage est mal fait  .
(salaire 0.50 ou 0.60 fr par jour pour 10 heures de travail)

Deux ouvrières, une vieille et une jeune, font des Valenciennes de 5 et 6 cm de large et gagnent, la première 80 et la seconde 85 centimes, en travaillant l'une et l'autre 11 heures par jour. Comme je leur demande pourquoi elles portent leur travail à une kooprouw qui les exploite, elles me répondent qu'elles ne peuvent pas s'adresser à un fabricant. La kooprouw les force "à rester à son service" en leur donnant des avances sur leur salaire. Et n'ayant pas de quoi vivre, elles sont trop heureuses de recevoir ces avances.
(salaire :0.85 frances par jour, pour 11 heures de travail)



Au fil des témoignages, on se rend compte que les salaires peuvent être très différents selon la dentelle travaillée.

Certaines s'adaptent et changent de dentelle, quitte à être moins "productives" au début. D'autres travaillent le même modèle depuis ... 35 ans !

Il apparaît aussi que le salaire est sensiblement plus élevé si la dentellière traite directement avec le marchand, mais toutes ne font pas cette démarche :



... comme je lui demande pourquoi elle ne porte pas son travail chez un fabricant qui la paierait mieux, elle me répond que le fabricant habite trop loin, tandis que la kooprouw habite à quelques maisons de là.


ou bien au contraire :


..... notre ouvrière a compris qu'en portant sa dentelle à la factoresse d'Houthulst ou de Staden, elle diminuait son bénéfice; elle se rend donc maintenant tous les quinze jours à Hooglede, à quelques kilomètres de chez elle, et remet ses dentelles à un facteur plus important  ....  elle paie le fil 1.70 fr la livre au lieu de 2 francs, et elle n'est pas obligée de se fournir de marchandise chez le facteur lorsqu'elle va pour reçevoir son argent.


Pierre Verhaegen raconte ensuite que cette dentellière souhaiterait que 10 dentellières au moins fassent comme elle, ainsi elles pourraient traiter directement  avec une maison de Bruxelles, de Courtrai ou de Lille, faisant chacune leur tour le voyage.



Les deux histoires qui vont suivre prouvent que la misère n'était pas une fatalité pour les dentellières;  il y avait deux façons de sortir du lot : être une très bonne dentellière, ou bien être maligne et bien faire ses calculs .... mais dans tous les cas, il fallait travailler plus de 12 heures par jour au minimum !






Ainsi cette très bonne dentellière, qui connait sa propre valeur, et qui est traitée avec égard par le marchand trop content de bénéficier de son travail


Une dentellière agée de 35 ans environ fait un magnifique volant en Malines large de 20 centimètres. Cette dentelle ...lui est payée 150 fr l'aune et lui permet de gagner environ 2 francs par jour. Cette ouvrière emploie 1100 fuseaux et son activité est très grande. Elle a conscience que son travail et son gain la font ranger parmi les ouvrières exceptionnelles; aussi est-elle extrèmement défiante et ce n'est qu'après de nombreuses hésitations qu'elle consent à me dire ce qu'elle gagne. Le fabricant pour qui elle travaille est plein d'égards pour cet oiseau rare; il paie toujours à l'avance, au mois ou à la semaine comme l'ouvrière le préfère.
(salaire : 2 fr par jour pour 14 heures de travail)



Et enfin, j'aurais bien aimé rencontrer ces deux soeurs  qui ont monté une sorte de "micro entreprise" en diversifiant leurs activités de façon tout à fait astucieuse:


Deux soeurs très intelligentes font toutes sortes de guipures et de torchons, et surtout des fantaisies de leur invention, telles que des guipures pour rideau en fil vert, jaune ou rouge, où sont intercalées des cordelettes de diverses couleurs. Elles gagnent facilement de 1,25 fr à 1.50 fr par jour. Elles s'occupent aussi de piquer des cartons et des parchemins et elles vendent des patrons aux ouvrières. En travaillant de 7 heure du matin à minuit, elles peuvent gagner au métier de piqueuse jusque 1.80 fr par jour.
Très industrieuses, elles achètent ou inventent de nouveaux dessins, vendent leurs dentelles dont elles ont toujours un stock bien fourni, et des carnets d'échantillons, aux étrangers de passage; à l'occasion, elles accèptent des commandes assez importantes qu'elles font parfois exécuter par d'autres ouvrières. Elles achètent aussi de temps à autres à des ouvrières une belle pièce de dentelle qu'elles espèrent pouvoir revendre plus cher. Elles exécutent les commandes de dentelles que leur adressent directement les dames de Dixmude et fournissent les parchemins tout piqués à quelques jeunes filles de la bourgeoisie qui pratiquent l'art du fuseau en manière de passe_temps
(salaire ; 1.40 par jour pour 13 heure de dentelle, ou 1.80 par jour pour 16 heures de piquage)



Dans le premier exemple, la dentellière gagnait 50 centimes pour 10 heures de travail, notre excellente dentellière gagnait correctement sa vie avec l'équivalent de 1,40 francs pour 10 heures de travail, ça vaut quand même le coup de faire de la belle dentelle, non ?


(*) Pierre Verhaegen - Les industries à domicile en Belgique - tomes IV et V - La dentelle et la broderie sur tulle - Bruxelles - 1902

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